• Distance affective...

     

    "Le trauma n'est pas toujours flagrant.

    Le plus souvent il est insidieux et la honte acquise au cours du développement

    imprègne dans la mémoire de l'enfant un abcès diffus, une déchirure invisible.

     

    Distance affective...

      

     

    A l'occasion des interactions quotidiennes,

    il arrive qu'un parent, sans s'en rendre compte,

    manifeste des gestes et des mimiques de rejet ou de mépris.

    Quelques moulinettes verbales comme "encore toi ! Aahrr ! Ca ne m'étonne pas de toi !",

    quelques expressions faciales involontaires, comme une bouche pincée, un froncement de sourcil,

    une raideur du corps qui s'éloigne quand l'enfant veut s'y blottir,

    expriment un désir de distance affective.

    Quand ces gestes signifiants, vitaux pour un enfant, se répètent chaque jour à la moindre interaction,

    pendant des années, ils finissent par inscrire dans la mémoire du petit une sensibilité malheureuse,

    une vulnérabilité acquise, qui se manifestent par des comportements d'humilité excessive.

    L'enfant s'efface, se tait, baisse les yeux et évite tout affrontement verbal.

    Son élan affectif vers un parent rejetant lui a fait acquérir la sensation que toute affection est inaccessible.

    Il devient anormalement sage, abattu, silencieux, à l'écart.

    Les minuscules déchirures quotidiennes ont construit dans son âme

    une représentation de soi qui pourrait se dire ainsi :

    "je vois bien que je te déçois... Je ne suis pas à la hauteur de tes rêves... C'est normal que tu me méprises".

    L'enfant se mire dans le regard de sa figure d'attachement qui lui renvoie une image de dédain.

    La fratrie, les copains d'école, les enseignants, toute figure signifiante pour lui,

    possèdent le pouvoir de lui faire internaliser une image dévalorisée de lui-même.

    Etre rejeté ou méprisé par quelqu'un dont on espérait l'affection est une déchirure traumatique.

    Cette agression moins flagrante qu'un viol ou qu'une scène d'horreur est d'autant plus traumatisante que,

    mal consciente, elle est mal mentalisable et l'on s'en protège moins".

     

    BORIS CYRULNIK

    MOURIR DE DIRE - LA HONTE.

     

     

     

     

     

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